L’angoisse monte à bord des trains régionaux

Alors que la SNCB tend à généraliser les trains sans accompagnateurs, certains conducteurs, désormais seuls agents à bord, s’inquiètent de l’insécurité croissante à laquelle ils sont confrontés. Eux, mais aussi les voyageurs. La direction dément tout problème. 
Au soir du 4 septembre 2016, l’agent X a décidé de tirer le signal d’alarme. «Aujourd’hui, dans le train 5587 au départ de Marloie une personne en situation de handicap qui emprunte régulièrement le train a été prise à partie vers 15 h 40 et rouée de coups par une bande. Les policiers sont intervenus en gare de Barvaux à la suite d’un signalement du conducteur de train. » 
« Des enfants pleuraient et hurlaient » 
« Le vendredi 14 août déjà, dans le train Charleroi Sud – Jambes (E4568), vers 19 h 30, une rixe entre une personne et quatre autres avait éclaté. La scène s’étant déroulée devant des familles, des enfants pleuraient et hurlaient. Des dégâts importants dans le train – vitre cassée, projection de sang – ont été constatés par la police et les pompiers en gare de Farciennes. Sur les 18 derniers mois, on décompte également trois agressions de conducteurs de train sur la ligne Quiévrain - Mons : un coup de poing au visage en gare de Thulin, une menace par arme à feu en gare de Jemappes, ainsi que le caillassage de la cabine de conduite du conducteur en gare de Boussu. » 
Il y eut d’autres messages après celui-ci. Le dimanche 27 septembre en début d’après-midi, une nouvelle altercation entre deux groupes se produisait entre Wavre et Ottignies, amenant une voyageuse apeurée à frapper à la porte du conducteur. En vain. 
Samedi 10 octobre, entre Libramont et Arlon, alors qu’une panne de courant sur le poste d’aiguillage informatique de Libramont – qui régule l’ensemble de la province du Luxembourg – avait entraîné un retard de près de deux heures, un homme giflait une mère et son enfant de 4 ans, qu’elle venait de réprimander. 
« On roulait à 120 km/h, à la hauteur de Neufchâteau, raconte le conducteur du train en question. Plusieurs personnes ont frappé à ma porte… C’est un stress énorme pour le conducteur qui perçoit un mouvement de foule à l’arrière mais ne sait pas ce qui se passe, n’a aucun visuel, alors qu’il doit rester concentré sur la conduite, la signalisation. Heureusement, un collègue qui ne travaillait pas était à bord et est intervenu pour calmer le jeu. J’ai demandé l’intervention de la police en gare de Marbehan et l’individu a été interpellé. »
« Les trains sont devenus des zones de non-droit »
Ce second témoin se souvient aussi d’un dimanche matin quand, en prenant son service à La Louvière-Sud, il a dû ramener au dépôt un train laissé à quai : « Quand j’ai ouvert les portes, j’ai découvert du sang, du verre brisé, des sièges arrachés… Une rixe avait eu lieu la veille au soir entre Marchienne-au-Pont et Piéton. Imaginez ce qu’avaient vécu le conducteur et les autres voyageurs éventuels ! » 
« Les trains sont devenus des zones de non-droit », estime l’agent X. En cause, selon lui : la disparition des contrôles systématiques avec la mise en place du «One man car» (trains sans accompagnateurs, uniquement avec un conducteur). « Les contrôles sont réalisés une fois par semaine au maximum, il n’y a plus d’agents dans les trains, ni dans la plupart des gares… ». 
L’absence d’accompagnateurs crée les conditions objectives d’un sentiment d’insécurité. Quand des individus montent dans le train sans billet, fument, boivent, parlent fort, chahutent, ceux qui paient un billet ou un abonnement peuvent éprouver, à tout le moins, de l’agacement. Quand la situation dérape et que la violence explose, ils se retrouvent piégés, sans recours ni secours. Les conducteurs disent se sentir responsables de ceux qu’ils transportent et ces violences perturbent profondément leurs conditions de travail. D’autant qu’eux aussi sont parfois visés, menacés. 
« Lorsque des individus bloquent les portes, il faut intervenir pour éviter de prendre du retard. La direction laisse entendre qu’on ne doit pas s’exposer, qu’il faut rester cloîtré dans la cabine. Mais si on s’expose, c’est parce qu’on souhaite faire notre travail ! » 
Si l’agent X se veut « lanceur d’alerte », il affirme que cette insécurité est devenue un sujet majeur de préoccupation des conducteurs : « Certains ont démissionné, notamment pour cette raison. Un collègue qui circulait beaucoup entre Quiévrain et Mons a demandé son transfert au fret… On part travailler avec la boule au ventre et, avant de prendre notre service, on se souhaite bonne chance. » 
Fiction ou réalité ? 
Cet article, nous vous l’avouons, est un plagiat intégral de l’article « Transports. L’angoisse monte à bord des TER »1 paru sur « L’Alsace.fr » ce dimanche 25 octobre. Nous n’avons changé que les noms des gares ; transformé « SNCF » en « SNCB » et remplacé « 2015 » par « 2016 »… 
Mais ce n’est pas de la fiction ! En Alsace, c’est arrivé et cela risque d’être votre quotidien demain car ce même dimanche, M. Cornu a annoncé à l’émission « Les décodeurs » sa volonté de supprimer les accompagnateurs sur certains trains !
«20% des trains pourraient rouler sans accompagnateur, uniquement avec un conducteur» (2). 
Les zones visées sont celles de la nouvelle offre suburbaine « S » (RER) et les trains en zone rurale.
D’après les chiffres officiels de la SNCB (2014), 3.700 trains par jour sont assurés par 2.500 accompagnateurs. 20% de moins ? 500 accompagnateurs seraient supprimés et 740 trains seraient concernés ? Peut-être le vôtre ? 
La CSC-Transcom s’oppose fermement à cette volonté de supprimer les accompagnateurs de train. Ils sont là pour vous amener en toute sécurité à bon port, pour votre sécurité à l’intérieur du train et pour vous informer au mieux ! Ils sont parfois le seul interlocuteur que vous verrez si le guichet de votre petite gare est déjà fermé !
Pour toutes ces raisons, la CSC-Transcom participera à la « Campagne européenne pour conserver des accompagnateurs de trains à bord des trains » menée par l’ETF ce 29 octobre dans les gares de : Braine-l'Alleud, Braine-le-Comte, Libramont, Liège, Louvain-la-Neuve, Ottignies, Bruxelles-Midi et dans de nombreuses gares en Flandre, entre 6 et 9h.