556 postes en moins à Infrabel ? Merci qui? Le gouvernement!

Le 16 décembre dernier, le conseil d’administration d’INFRABEL a voté, majorité contre opposition, un plan d’économies très conséquent de 170 millions d’euros. Dans son communiqué de presse, INFRABEL ne manque pas de signaler que ni la sécurité, ni les investissements ne seront touchés. Et certainement pas les petites lignes : « En matière d’investissements, des choix stratégiques ont aussi été opérés en faisant en sorte de limiter leurs répercussions sur la performance du rail ; et donc sur les usagers. Ainsi, contrairement à diverses allégations apparues ces dernières semaines, il n’est pas prévu que des lignes soient fermées faute d’investissements en 2015. » 
En clair, de quoi s’agit-il ? 
INFRABEL a fait ses comptes. La mesure d’économies imposée par ce Gouvernement, par la voix de sa Ministre, Mme Galant, porte sur une réduction de la dotation de l’ordre de 170 millions pour l’année 2015, ce qui a pour conséquence de contraindre INFRABEL à dresser un plan d’économies à la même hauteur. 
INFRABEL a donc décidé de répartir ces 170 millions en moins, de la manière suivante : diminution de 150,6 millions d’euros sur son budget d’investissement et diminution de 19,4 millions sur son budget d’exploitation. 
A en croire la Ministre Galant « on ne touchera ni à la sécurité, ni au personnel, ni à l’offre. » Pour la sécurité, effectivement, on ne change rien au niveau des systèmes de sécurité TBL1+ et ETCS. Pour le personnel et les voyageurs par contre… 
La réponse d’INFRABEL à Mme GALANT est donc tout aussi directe et claire : « si on ne peut pas toucher à la sécurité et si on doit tenir compte de la clé de répartition régionale 60/40, les marges d’économies sont très étroites. » Et de préciser en plus que : « l’effort imposé par le gouvernement est d’une telle ampleur qu’il met en péril son propre plan d’entreprise. »

Le gouvernement pousse Infrabel à démanteler l'infrastructure..et Infrabel démantèle l'infrastructure pour faire pression sur le governement?

La CSC-Transcom a pu jeter un oeil sur un document exclusif d’INFRABEL. Au vu des économies drastiques imposées par le gouvernement, différentes mesures y sont présentées. Elles ont un point en commun : leur impact direct sur le personnel et l’offre de service aux voyageurs. 
Souvenez-vous, en 2012, INFRABEL était déjà venu avec un plan pour catégoriser les lignes en A-B-C et D. Les lignes C et D étant les moins rentables et les plus « sacrifiables ». Même scénario aujourd’hui, mais l’approche est différente, afin d’éviter justement de braquer les citoyens des zones rurales et le monde politique local. La dénonciation à l’époque par la CSC-Transcom conjointement avec l’intervention des bourgmestres avaient fait infléchir et reporter la décision de deux ans. Deux ans plus tard, nous voici à nouveau confrontés à un plan de démantèlement du rail côté INFRABEL.

Quelles économies ont été approuvées par le CA d'Infrabel ?

Au niveau des investissements
  • Le report de travaux de renouvellement. Par ex. certaines voies accessoires, faisceaux et voies industrielles en Wallonie (pour 17,9 millions d’€). A priori sans trop de conséquence selon INFRABEL.
  • Plus conséquent par contre pour l’exploitation du réseau : « Annulation de 50% des travaux de caténaire sur les lignes les moins utilisées en Wallonie (économie : 13 millions d’€), ce qui se traduira par une perte de qualité et de fiabilité de l’infrastructure entraînant à terme une dégradation structurelle de la ponctualité ». INFRABEL demande bien sûr également au gouvernement de revoir le système de bonus-malus (amende en fonction de la ponctualité) soit revu en conséquence, par une diminution des pénalités, évidemment…
  • Report de certains travaux critiques sur des lignes de dessertes « fines ». Conséquence : mise hors service de certains tronçons de ces lignes (économie : 10,9 millions).
  • Report de la mise en service de l’axe 3 (Bruxelles-Luxembourg) de 2021 à 2022 à cause de l’étalement de travaux de génie civil (6,4 millions).
  • Report ou étalement de travaux de bâtiments.
  • … 
Pour INFRABEL, qui entend bien sûr faire pression sur le gouvernement, certaines réductions budgétaires auront des impacts divers : le paiement de dédits aux entrepreneurs sur les chantiers arrêtés mais surtout, la mise hors service de certaines lignes suite au report de travaux de renouvellement de voies en piteux état. Pour rappel, INFRABEL précise dans son communiqué qu’il va « tenter d’en préserver l’exploitation en 2015 », ce qui, en finalité, revient à dire que le maintien des lignes ne sera pas garanti et que, par conséquent, la fermeture des lignes est clairement envisagée ! Oser déclarer dans le communiqué d’INFRABEL qu’ « il n’est pas prévu que des lignes soient fermées faute d’investissements en 2015 » revient à manipuler l’opinion publique et à lui mentir. 
Autre aberration dans le domaine des décisions qui touchent aux investissements : Mme Galant semble être très attachée à la propreté des trains (tout comme les travailleurs en charge de cette tâche d’ailleurs). Néanmoins et n’en déplaise à la ministre de tutelle, INFRABEL a pris une mesure allant à contre-sens total : « Report des travaux d’égouttage et de canalisation nécessaire pour la vidange des sanitaires du matériel roulant de la SNCB, en Wallonie uniquement ». Joli pied de nez d’INFRABEL à sa Ministre mais ce sont les voyageurs et les travailleurs qui payeront le prix de cette mesure. 
Nous n’avons pas abordé toutes les mesures du plan d’économies en ce qui concerne les investissements, il y a encore le RER, l’informatique, l’accueil dans les grandes gares… le catalogue est épais. Au total donc, 150 millions d’économies en termes d’investissement. 
Au niveau du budget d’exploitation 
En plus des économies imposées par le Gouvernement, INFRABEL vise à atteindre un « break even » en interne et a donc décidé de forcer les économies sur son budget d’exploitation lequel est déjà raboté des 19,4 millions (pour rappel) pour atteindre, au total, une diminution de 73,9 millions d’euros. 
Comment vont-ils se répartir ? 
La réponse d’INFRABEL est simple : il s’agit de 45 millions € sur les frais internes de différentes directions opérationnelles et de 25 à 30 millions € en ne remplaçant plus le personnel qui part à la pension. La productivité de ceux qui seront encore au travail augmentera de manière exponentielle. 
Deux mesures phares pour réaliser ces économies ont été approuvées par les administrateurs d’INFRABEL :
  1. Un « STOP » au remplacement du personnel et STOP au recrutement à partir du 1er janvier 2015, sauf dans les métiers en pénurie. Conséquence ? Le nombre d’ETP passera de 12.213 aujourd’hui à 11.657 au 31 décembre 2015. Soit une suppression de 556 postes. Des agents qui partent à la retraite et qui ne seront pas remplacés par nos jeunes demain. Les seuls profils, par nécessité absolue, qu’INFRABEL remplacera encore cette année sont : des ingénieurs, des techniciens électromécaniciens en signalisation, des conducteurs, des ajusteurs mécaniciens et des sous-chefs de gare. Soit 303 ETP (181 pour « Asset Management » (l’infrastructure) et 122 pour Traffic Management et Services (gestion du trafic). Quid de l’économie réalisée sur ce poste ? 34,2 millions ! Mais il faut tenir compte du budget prévu pour les recrutements ou les remplacements qualifiés « d’indispensables » de 8,1 millions d’€. L’économie au total s’élève donc à 26,1 millions d’€ !
  2. Des économies dans les dépenses externes pour un montant de 45.1 millions d’€. Epinglons-en quelques-unes :
  • les coûts en informatique (12 millions)
  • la fermeture de certains bâtiments pour le personnel (les antennes logistiques) et d’autres mesures au niveau du département « Asset Management » pour un montant de 18,9 millions.
  • un effort particulier est demandé à HR RAIL, la filiale d’INFRABEL et de la SNCB qui gère l’ensemble du personnel. HR RAIL, qui ne vit que de la facturation de ses services à ses deux sociétés mères, devra économiser pour INFRABEL 2,9 millions d’euros.

Le personnel, pénalisé trois fois

  • STOP au recrutement = moins d’emplois et hausse de la productivité pour ceux qui restent.
  • Fermeture de certaines antennes locales = centralisation des sièges de travail. 
  • Les charges salariales diminuent globalement pour la direction : 43,3 millions d’euros en moins par rapport à 2014 grâce à la diminution du nombre d’ETP et une diminution par unité de 1,6% au niveau du salaire lié à « l’absence d’un protocole d’accord social » (sic) alors que ce dernier avait été budgétisé dans les comptes lors des discussions sur la réforme du Groupe Chemins de Fer. Tout comme le secteur privé qui attend légitimement la négociation de son AIP, les cheminots attendent aussi que la négociation de leur protocole démarre. Ils disposent maintenant de la réponse d’INFRABEL à cet égard. Pire, des engagements pris antérieurement à ce contexte d’austérité pour une catégorie du personnel, à savoir « les agents de la voie », qui oeuvrent dans le cadre des métiers pénibles, sont tout simplement bafoués par cette décision unilatérale. Gain pour l’entreprise : 12 millions d’euros ! 
Toutes ces informations sont tirées du document approuvé par la majorité des membres du Conseil d’Administration dont la CSC-Transcom a eu connaissance.

Voyageurs: heureux celui qui prend le train dans une grande gare, sur une grande ligne et dans un train bondé...

Les voyageurs sont désormais coincés entre une SNCB qui favorise le transport de masse pour se préparer à une libéralisation qu’elle estime inéluctable et INFRABEL qui n’hésite pas à sabrer dans le réseau (wallon surtout) pour faire des économies. Tout ça en payant deux fois : une fois via leurs impôts et une deuxième de leur poche…

Scénario catastrophe? La réalité fait plus peur que la fiction !

Les voyageurs méritent un meilleur service et une offre qui réponde réellement à un développement de mobilité durable dans notre pays. 
Les travailleurs méritent plus de considération et de bonnes conditions de travail. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se passe. Les responsabilités sont en cascade : le monde politique asphyxie l’entreprise en ne lui donnant pas les moyens d’assurer sa mission et les patrons du rail prennent des mesures d’économies qui ne vont qu’à l’encontre du personnel et des voyageurs, alors que d’autres pistes sont possibles. La première étant de dire à son ministre de tutelle que ces économies ne sont pas réalistes ! 
La CSC-Transcom s’opposera toujours fermement au démantèlement du rail. Une fois que la colonne vertébrale est démantelée, il est beaucoup plus difficile et bien plus coûteux pour l’Etat, donc pour nous tous, via nos impôts, de reconstruire ! Par contre, donner les moyens nécessaires pour maintenir au minimum le réseau en état, afin de continuer à pouvoir y faire circuler des trains, voilà une gestion saine des deniers de l’Etat ! 
Le gouvernement doit arrêter de dire que les économies ne se feront pas au détriment de l’offre aux voyageurs et des travailleurs du rail ! Plus personne n’est dupe aujourd’hui.