Il n'y a pas de "eux" et "nous"

J'ai 43 ans, une pré-ado adorable, un compagnon que j'aime. Un petit appartement. Heureusement, nous travaillons tous les deux. 
Ce matin, ma fille se réjouissait, peut-être qu'elle n'allait pas avoir cours pendant une heure parce que les enseignants organisent des assemblées générales d'information sur les mesures des différents gouvernements. En l'amenant à l'école, j'entends à la radio un billet sur les mesures que Maggie de Block veut imposer dans les soins de santé. Dois-je m'attendre bientôt à ne plus savoir payer les frais médicaux de ma famille? Nous aimerions acheter une maison, mais vu ce qui se prépare au niveau wallon, est-ce vraiment le moment? Un saut d'index, une modération salariale... ça ne nous aidera pas dans nos comptes. Je crois qu'on peut faire une croix sur les vacances cette année... La voiture va bientôt lâcher. Nous avons toujours acheté une diesel. Mais demain, est-ce que cela vaudra encore la peine? Certains collègues de mon compagnon ont repris des études en cours du soir. Ils veulent mettre toutes les chances de leur côté. On ne sait jamais, la SNCB pourrait ne pas survivre aux mesures drastiques que l'on veut lui imposer. Et si la concurrence vient demain, peut-être n'aura-t-elle pas les reins assez solide. Mieux vaut se préparer dit-il. 
La pension? C'est encore loin. Si ça continue, je ne sais même pas si nous y aurons encore droit. Trop de questions, trop d'incertitudes sur l'avenir. Sur le mien, mais surtout celui de ma fille. 
Vous vous reconnaissez dans ces quelques lignes? Pourtant, je suis syndicaliste et cheminote. J'ai travaillé pendant 13 ans comme accompagnatrice de train avant de m'engager à temps plein pour la CSC Transcom. 
Je n'accepte pas que certains médias nous collent des étiquettes, nous cantonnent à des clichés, nous traitent "d'irresponsables", de "gréviculteurs"... 
Certains médias nous parlent de "l'opinion publique" comme s'il s'agissait d'une entité "neutre", "uniforme", sans cesse "contre NOUS". Mais moi je me sens proche des autres habitants de ce pays. Je me sens proche des travailleurs des autres secteurs, proche des habitants des autres régions, proches des allocataires sociaux. 
Pour moi il n'y a pas de "EUX" et "NOUS", il y a d'abord l'ensemble des citoyens qui est attaqué aujourd'hui. Et peut importe la couleur du gouvernement. Ce n'est pas le problème. Le problème ce sont les mesures. Ce sont ces attaques que nous devons combattre, tous ensemble, sans couleur partisane, sans nous laisser diviser. Nous avons beaucoup plus de choses qui nous rassemblent que le contraire. Ne nous laissons pas faire. 
Soyons présents massivement à la manifestation du 6 novembre et aux différentes actions qui suivront. J'y serai. 
Et tout ce que nous obtiendrons, chaque victoire, chaque inflexion de ce programme gouvernemental sera une victoire pour "EUX" et "NOUS". Pour TOUS donc. 
Marianne Lerouge, permanente nationale CSC Transcom