Chronique d’une mort organisée par l’Etat

« Nous allons faire des Chemins de fer belges, ce que nous avons fait à B-Post et à Belgacom. Et si vous n’êtes pas avec nous, nous serons contre vous ! ». Ce sont les propos tenus par la cheffe de Cabinet de Madame Galant. 
Nous ne sommes pas certains que la cheffe de cabinet ait mesuré le véritable sens et le poids de chacun de ces mots mais ils sont, en tout cas, très inquiétants, tout comme les attitudes et postures qui nous sont opposées. 
Ces propos nous sont, de surcroît, présentés comme pensée unique et universelle. Impossible d’avoir un débat. D’aucuns se souviendront que des pensées uniques, portées par les fous du pouvoir, ont été lourdes de conséquences pour les citoyens. 
La CSC-Transcom a également été mise en garde par la Ministre elle-même sur le fait de ne rien communiquer dans les médias sur la teneur des échanges éventuels, sous peine de ne plus être conviée à sa table. Beau modèle de démocratie où la concertation a sa place ainsi d’ailleurs que la liberté d’expression, n’est-il pas ? Soit ! Nous ne sommes pas les serviteurs de ce Gouvernement et nous ne lui devons nullement obéissance et soumission ! Ce n’est pas le rôle d’une organisation syndicale. Cela aussi, c’est clair. 
Quoiqu’il en soit, ce cabinet et ses représentants ne sont, qu’au final, qu’un maillon exécutant d’un choix idéologique posé par ce Gouvernement et avant lui, par d’autres. 
Ce choix est posé et n’est plus un secret pour personnes: la machine néo-libérale est en marche. Dans cette perspective, les services publics doivent disparaître et laisser place aux privés et à leur culture qui se résume principalement à dégager du bénéfice sur le compte de. Le rail belge, tout comme d’autres services publics, se trouve donc dans le viseur du Gouvernement. 
Pour rappel, les services publics, dans leur ensemble, n’ont pas été instaurés pour répondre à un système capitaliste mais pour répondre à un modèle social, basé sur l’idée de développement de la croissance et de partage de ses fruits pour le compte d’un intérêt général et collectif. Autrement dit, les hôpitaux publics, les administrations, l’enseignement, les transports,…ne sont pas là pour faire de l’argent mais pour rendre un service aux citoyens. En cela, c’est une véritable richesse pour une nation qui bénéficie d’une réelle identité nationale, et cela suppose aussi que l’Etat reste un véritable acteur engagé au service de ses citoyens. 
Ce modèle socio-économique, pourtant crucial pour l’économie d’un pays, dérange ce Gouvernement. 
On balaye tout d’un revers de la main. On règle ses comptes avec les politiques du passé : et pour cela, entre autre, au diable le modèle social, au diable la notion d’intérêt général, au diable la notion de services aux citoyens, au diable les services publics…au diable les chemins de fer belges ! 
Néanmoins, pour en arriver là, Messieurs et Mesdames de ce Gouvernement, il faut être courageux et oser affirmer haut et fort que votre choix est celui du désengagement total de l’Etat dans le rail belge. Arrêtez avec vos fausses déclarations qui n’amusent personne. Asphyxier le rail belge et déclarer ensuite que les voyageurs et les cheminots n’auront pas à en payer le prix, c’est tronquer la vérité ! Vous êtes des exécutants au service de cette machine néo-libérale et à ce titre, la place revient aux opérateurs privés sur un marché libéralisé. Place aux bénéfices ! C’est cela votre ligne de conduite et vous ne voulez rien entendre d’autre ! Vous affirmez vouloir sauver l’entreprise du rail. Oui, en effet, l’entreprise mais pas l’entreprise publique ! C’est une immense différence et chaque mot a son importance. La diminution de plus de 20 % des dotations de fonctionnement pour le rail est une mesure drastique et historique. Du jamais vu ! En cela, les Chemins de fer belges, version « service public » sont bien les futures victimes d’une mort organisée par l’Etat. 
Mais l’affirmer haut et fort, vous ne le ferez pas. Vous préférez user d’une stratégie de communication pour rallier l’opinion publique à votre cause. Rien de tel pour cela que de se lancer dans une campagne de dénigrement dont souffrent tous les cheminots au quotidien. Quels que soient les efforts fournis par le personnel, quelle que soit sa capacité à s’adapter à tous les contextes historiques, économiques et financiers, quelles que soient les réformes à répétition, ce n’est jamais assez ! L’image des chemins de fer belges et des cheminots doit être négative pour servir votre cause ! 
Depuis des mois, le même discours est répété partout :
  • Inefficacité d’un chemin de fer public: « trains en retard, bondés, sales » et « dette abyssale ».
  • On dénonce ensuite: « l’inefficience en interne », « les procédures sclérosées », « la réglementation d'un autre temps », « les missions non-liées au core-business… »
  • On dénigre le personnel : il serait « peu productif », « souvent malade », « trop bien payé en regard du travail fourni»… 
Cette campagne de matraquage conduit évidemment à ce qu’on présente une alternative : seule une transformation en profondeur pourra « sauver » l’entreprise et pour cela, il faut au moins lui appliquer les standards du privé. Dans le langage politicien, on appelle cela « moderniser », « accompagner le changement », « se transformer »… 
Nous attendons d’ailleurs le fameux plan de modernisation de Mme Galant qui va tout changer nous dit-on. 
La conclusion découle de source : si c’est pour faire «comme dans le privé», autant privatiser des pans d’activités, en se servant de la libéralisation comme moyen. 
Et l’opposition politique dans ce contexte ? Silence radio ! Pas de réactions ou, en tout cas, très silencieuses sur la défense du rail belge. Est-ce dû à un désintérêt profond, à un manque de compétences, un manque de moyens, une résignation ou à une toute autre stratégie ? Quoiqu’il en soit, cela ne sert, en tout cas, ni les chemins de fer belges, ni les travailleurs-cheminots, ni les voyageurs. Cela contribue au contraire, à ce que cette pensée néo-libérale s’installe et gagne ! La CSC-Transcom attend de cette opposition un réveil énergique, des contacts, de l’expertise, des échanges porteurs et, surtout, une stratégie pour l’avenir du rail, dans sa version « service public ». 
Vous l’aurez compris, la CSC-Transcom n’est pas preneuse de la pensée unique défendue par ce Gouvernement par la voix de sa Ministre de tutelle. Nous continuerons à nous battre pour le maintien des services publics qui ont un rôle essentiel dans l’économie sociale d’un pays. Cela veut-il dire que nous sommes ignares au point de ne pas savoir que les contextes économique, financier et politique évoluent ? Certainement pas mais sans doute devrons-nous mener ce combat en revendiquant plus de contrôle et de participation des citoyens et des voyageurs au cœur des services publics pour qu’ils restent des institutions sociales et démocratiques.