L’Europe choisit la légalisation du dumping social

Jour de fête pour l’exploitation des travailleurs : la Commission Transport du Parlement européen a voté hier la légalisation de la discrimination salariale ainsi que la réduction du temps de repos des chauffeurs professionnels. “Une claque amère pour les syndicats et pour les trois millions de travailleurs dans ce secteur”, c’est la réaction de l’ETF (European Transport workers Federation), de la CSC-Transcom et des syndicats des autres pays européens. 
Ce lundi soir, un vote a eu lieu lors de la Commission Transport du Parlement européen, un vote sur un ensemble de propositions issues du paquet mobilité européen, des propositions qui sont en lien avec les temps de conduite, les temps de repos des chauffeurs ainsi qu’avec leur salaire et leurs conditions de travail. Ce vote s’est mal déroulé sur toute la ligne. Les amendements de la Commission confirment l’exclusion des chauffeurs de la nouvelle directive européenne relative aux travailleurs détachés et enlèvent aux chauffeurs le droit à une compensation équitable lorsqu’ils travaillent à l’étranger. La Commission a également voté une diminution du temps de repos mensuel. Suite à cela, les employeurs pourront maintenir leurs chauffeurs trois semaines sur la route avec seulement 24h de temps de repos, ce qui aggrave le risque d’accidents suite à la fatigue et met en danger la sécurité des passagers et des autres usagers de la route. 
Par ces décisions, les parlementaires européens ont répondu aux espérances du monde de l’entreprise, au détriment de la sécurité routière et de la qualité des emplois des trois millions de chauffeurs professionnels en Europe. Les décisions d’hier annulent également un vote antérieur au sein du Comité Emploi du Parlement européen, qui tenait compte des exigences des travailleurs et de leurs syndicats. La réunion plénière du Parlement européen doit maintenant encore voter au sujet du texte définitif et les Etats Membres du Conseil européen n’ont pour l’instant pas réussi à atteindre une position commune sur le sujet. 
Roberto Parrillo, président de la section transport routier de l’ETF et responsable général du transport routier de la CSC-TRANSCOM rejette cette décision d’exclure les chauffeurs du principe d’à « travail égal salaire égal au même endroit » définie dans la nouvelle Directive relative aux travailleurs détachés. « Récemment, l’Union Européenne s’était félicitée de la garantie donnée aux travailleurs travaillant à l’étranger de recevoir la même compensation financière que les travailleurs de ce pays effectuant le même boulot. Pourquoi les travailleurs du transport ne reçoivent-ils pas les mêmes avantages ? Les exclure constamment des règles de détachement légalise le dumping social et la discrimination salariale en Europe. Une U.E. qui prétend construire un pilier social en Europe ne peut infliger cela à des travailleurs européens ». 
Eduardo Chagas, secrétaire-général de l’ETF, insiste sur le pas en arrière qui vient d’être effectué, notamment avec l’acceptation de passer la nuit dans le véhicule. « C’est choquant que des parlementaires européens puissent voter pour quelque chose qui va à l’encontre d’une décision récente de la Cour de Justice européenne au sujet des chauffeurs obligés de passer leur longues pauses dans leur véhicule. Désormais, les chauffeurs devront encore plus passer de week-ends sur des aires de parking, dans leur camion ou dans leur bus, loin de leur maison. Ils devront continuer à cuisiner au bord de la route ou dans leur cabine. Il est impossible de construire une Europe sociale avec une telle exploitation et des conditions de travail tellement mauvaises. Nous continuerons à combattre cette décision simpliste ».